Commandement général

 

Dernière mise à jour :7 octobre 2019

 
 

Composition du commandement général de l’armée allemande en 1876

 

Le 16 octobre 1881, une revue militaire française a publié l’article suivant : Les nouvelles formations et la composition actuelle de l’armée allemande. Nous avons exposé les modifications apportées aux différentes armes par suite de l’application de la nouvelle loi militaire ; il nous reste à donner la composition actuelle des états-majors, des services et des établissements de l’armée. On n’entrera pas dans de longs développements, car le but que l’on se propose n’est pas de reprendre l’étude détaillée de l’organisation allemande, mais de présenter un tableau d’ensemble au courant des dernières transformations et commode à consulter. On espère éviter ainsi aux jeunes officiers bien des recherches dans la collection déjà volumineuse de la Revue militaire de l’étranger. Pour ceux d’entre eux qui voudraient s’orienter plus complétement sur chacune des parties de l’organisation de l’armée allemande, on renverra aux études détaillées déjà publiées, et si l’on s’étend un peu sur quelques points, c’est qu’ils n’auront pas encore été traités par la Revue, ou qu’ils auront eu besoin d’être rajeunis au point de vue statistique.

Après avoir défini le mode de fonctionnement du commandement suprême, on exposera sommairement l’organisation des deux organes principaux : le ministre de la guerre et le grand état-major, auquel on rattacha le corps d’état-major proprement dit, dont on constatera ainsi l’effectif total. Puis on examinera successivement la constitution du personnel du haut commandement, celle de l’Adjudantur qui sert d’auxiliaire avec les officiers du corps d’état-major non employés au grand état-major à Berlin, celle des autorités de recrutement, des gouvernements et commandements de place, celle des inspections d’armes et de service, auxquelles on rattachera tous les établissements qui en dépendent, celle de l’administration, des services libres divers et des formations spéciales. On déterminera par un tableau d’ensemble ayant pour objet de faire ressortir l’effectif total du personnel entretenu sur le pied de paix par le budget de la guerre allemand.

 

Commandement suprême

 

Dans toutes les nations, le chef du pouvoir exécutif est le chef suprême de l’armée ; il en est rarement le commandant. En Prusse, le Roi, suivant la tradition constante des Hohenzollern, n’est pas seulement le chef de son armée, il en est aussi le commandant très effectif.

 

Ses deux auxiliaires immédiats sont le ministre de la guerre et le chef de l’état-major de l’armée. Le chef de l’état-major n’est pas le subordonné du ministre et le ministre n’est pas le subordonné du chef de l’état-major, quels que soient les grades respectifs de l’un et de l’autre (Actuellement, le ministre de la guerre est général d’infanterie, tandis que le chef de l’état-major de l’armée est feld-maréchal général. Chacune de ces hautes autorités militaires à son rôle parfaitement défini : le ministre de la guerre est chargé de l’organisation et de l’administration de l’armée ; il prépare l’instrument de guerre. Le chef de l’état-major étudie, pendant la paix, le mode d’emploi de l’instrument ; il en dirige l’usage en temps de guerre. C’est le ministre de la guerre qui est responsable devant le pouvoir législatif ; le chef de l’état-major ne l’est que devant le Roi, chef suprême de l’armée. Le parallélisme de situation entre le chef de l’état-major et le ministre n’implique pas une action isolée, encore bien moins un antagonisme. Le Roi est le chef commun, l’arbitre et le grand régulateur ; il manifeste sa volonté au moyen d’ordres de cabinet. L’autorité compétente règle les détails et assure l’exécution des prescriptions royales.

 

Le ministre de la guerre n’exerce sur l’armée aucun droit de commandement proprement dit ; ce droit appartient aux commandant de corps d’armée qui sont les délégués et les représentants directs de l’Empereur. Le ministre de la guerre n’en conserve pas moins sans entraves une action régulatrice, garantie du maintien de l’uniformité dans les formations, l’instruction, l’administration, l’habillement et l’équipement des troupes. Il veille à l’observation des règlements et des instructions qui émanent du chef de l’armée et il lève les doutes qui peuvent surgir dans l’application des règles écrites. Il ne nous semble pas inutile sur cette hiérarchie militaire si différente de celle qui existe dans la plupart des autres Etats. Il est vrai que la constitution politique de l’Allemagne et les traditions historiques de la maison des Hohenzollern aident singulièrement cette organisation puissante, qui garantit la stabilité des institutions militaires, en facilité et en règle les développements progressifs et se prête admirablement à l’exécution soudaine et énergique longtemps muris et préparés de longue main.

 

Le Roi, chef suprême de l’armée, ne se borne pas à donner une haute impulsion à cette machine si bien organisée que l’on nomme l’armée prussienne ; il s’occupe d’une façon toute spéciale de la bonne composition du corps d’officiers. A cet effet, il a auprès de lui un cabinet militaire chargé plus particulièrement des questions concernant le personnel. Le chef de ce cabinet est en même temps chef de la division du personnel au ministère de la guerre ; mais sa position subordonnée à l’égard du ministre de la guerre ne l’empêche pas de travailler directement avec l’Empereur. Cette action constante et directe du souverain dans les questions d’avancement explique l’absence de toute législation sur la matière ; une tradition séculaire en tient lieu. Lorsque l’armée prussienne était moins nombreuse, le Roi connaissait personnellement la plupart de ses officiers ; ce serait chose bien difficile pour l’armée d’aujourd’hui. Cependant le souverain multiplie les occasions qui lui permettent d’en voir et d’en juger les chefs ; outre l’inspection détaillée qu’il passe chaque année dans la garde royale, l’Empereur et Roi assiste aux manœuvres d’automne de deux corps d’armée. On rend aussi fréquentes que possible les occasions où les officiers peuvent s’approcher de leur chef suprême ; il est d’usage que les généraux promus, décorés ou simplement appelés à de nouvelles fonctions, fassent une visite à Berlin (1. Le souverain n’est pas le seul à s’occuper des intérêts militaires ; la plupart des membres de la famille, ainsi que ceux de presque toutes les maisons régnantes, ont un rang dans l’armée. Ce grade n’est pas toujours une simple distinction honorifique. C’est ainsi que les quatre inspections d’armée actuellement pourvues d’un titulaire sont confiées à deux princes prussiens (le prince impérial et le prince Frédéric-Charles) et à deux souverains régnants (les grands-ducs de Bade et de Mecklembourg-Schwerin). Le prince Frédéric-Charles est en outre inspecteur général de la cavalerie. Le Xe corps est commandé par un prince prussien (prince Albert) ; le XIIe par un prince saxon (prince Georges). Un prince bavarois (prince Luitpold) est inspecteur général de l’armée bavaroise ; un autre prince de la même maison (prince Léopold) commande la première division bavaroise. Nous ne multiplierons pas davantage ces exemples, mais nous ferons observer que ces officiers généraux de maisons royales ont passé successivement par tous les grades et en ont rempli effectivement les fonctions pendant un temps plus ou moins long, en paix comme en guerre. Cette tradition semble devoir se continuer ; c’est ainsi que le jeune prince Guillaume de Prusse, fils aîné du prince impérial, après avoir fait effectivement le service de lieutenant et de capitaine au 1er régiment de la garde à pied, vient d’être promu major dans son arme (l’infanterie) et détaché pour un an dans le régiment des hussards de la garde. Grâce à cette éducation toute militaire, les futurs chefs suprêmes de l’armée prussienne sont parfaitement au courant des personnes et des choses de l’armée).

Le Roi de Prusse, Empereur d’Allemagne, est à la fois le chef de l’armée prussienne et le chef de l’armée allemande. Ses droits sur la plupart des contingents non prussiens sont légèrement limités par des conventions militaires conclues avec les différents Etats ; en Bavière, il ne possède qu’un droit d’inspection. L’Empereur ordonne la mobilisation de toutes les troupes allemandes, à l’exception des troupes bavaroises qui sont mobilisées par ordre de leur souverain, sur invitation spéciale de l’Empereur. En temps de guerre, le droit de commandement de l’Empereur sur tous les contingents de l’Allemagne est absolu et ne souffre aucune restriction.

 

Ministères de la guerre

 

Il n’existe pas de ministère de la guerre de l’Empire allemand. Dans la pratique, le ministère de la guerre prussien rempli les fonctions, car il prend l’initiative dans les questions d’organisation et d’administration. Lorsque l’intervention du pouvoir législatif est nécessaire, les projets de lois sont transmis par le chancelier de l’Empire à la commission militaire du Bundesrat. Cette commission renferme toujours des membres appartenant à ceux des Etats confédérés qui ont conservé un ministère de la guerre particulier, c’est-à-dire à la Bavière, à la Saxe et au Wurtemberg.

Il existe donc en Allemagne quatre ministères de la guerre ; nous allons les passer successivement en revue.

 

Ministère de la guerre prussien

 

Contingents de l’empire administrés par le ministère de la guerre prussien. Le ministre de la guerre du royaume de Prusse administre non seulement les contingents de ce royaume, mais encore ceux de toutes les petites puissances allemandes qui n’ont pas de ministère de la guerre spécial.

Un certain de ces Etats ont conclu avec la Prusse des conventions militaires qui, tout en faisant passer leurs troupes sous l’hégémonie prussienne, réservent cependant quelques droits au contingent particulier.

Nous donnons la liste de ces Etats, avec la date de la convention qui les lie :

Grand-duché de Bade (25 novembre 1870) ;

Grand-duché de Mecklembourg-Schwerin (23 décembre 1872) ;

Grand-duché de Mecklembourg-Strelitz (19 décembre 1872) ;

Grand-duché de Hesse-Darmstadt (13 juin 1871) ;

Grand-duché de Saxe-Weimar (26 juin 1867) ;

Duché de Saxe-Altenbourg (26 juin 1867) ;

Duché de Saxe-Meiningen (26 juin 1867) ;

Duché de Saxe-Cobourg-Gotha (26 juin 1867) ;

Duché de Saxe-Altenbourg (26 juin 1867) ;

Duché d’Anhalt (28 juin 1867) ;

Principauté de Reuss, branche aînée (26 juin 1867) ;

Principauté de Reuss, branche cadette (26 juin 1867) ;

Principauté de Schwarzbourg-Rudolstadt (26 juin 1867).

D’après les conventions, ces divers contingents restent englobés autant que possible dans la même formation tactique : corps d’armée, division, brigade, régiment ou bataillon, suivant leur importance. Ils tiennent, en principe, garnison dans leur pays d’origine, conservent leur cocarde, leurs drapeaux, leurs emblèmes héraldiques spéciaux, etc.

D’autres Etats ont renoncé à former un contingent particulier, en sorte que leurs troupes sont absolument fondues dans l’armée prussienne ; ce sont :

Le grand-duché d’Oldenbourg (15 juillet 1867) ;

La principauté de Lippe-Detmold (27 juin 1867) ;

La principauté de Schaumbourg-Lippe (30 juin 1867) ;

La principauté de Schwarzbourg-Sondershausen (28 juin 1867) ;

La principauté de Waldeck (6 août 1867) ;

La ville libre de Hambourg (23 juillet 1867) ;

La ville libre de Brème (27 juin 1867) ;

La ville libre de Lubeck (27 juin 1867).

Les territoires de ces divers pays ayant été organisés en districts de landwehr, ou tout simplement annexés aux circonscriptions prussiennes les plus voisines, il en résulte que leurs contingents se trouvent réunis, par suite du recrutement régional, dans les mêmes corps de troupe et tiennent en général garnison dans leur pays d’origine. Leur situation ne diffère donc pas beaucoup du premier groupe d’Etats dont nous avons parlé.

Le duché de Brunswick n’a pas conclu de convention avec la Prusse, mais il lui livre son contingent en vertu de son accession successive à la Confédération de l’Allemagne du Nord et à l’Empire allemand. Le ministère de la guerre prussien a pris, en fait, l’administration des troupes de ce duché, qui sont recrutées, organisées, instruites et administrées sur le modèle prussien. Toutefois, le corps d’officiers brunswickois (infanterie, cavalerie, artillerie, etc.) est absolument distinct du corps des officiers prussien. Il en est de même des médecins et employés militaires. Les troupes ducales ont conservé leur ancien uniforme très différent du modèle général ; elles n’ont pas même été astreintes, comme les troupes bavaroises, à prendre les insignes de grades en usage dans le reste de l’armée allemande. L’absence de convention militaire a permis la dispersion du contingent brunswickois dont le régiment d’infanterie est à Metz (XVe corps), tandis que le régiment de cavalerie et la batterie d’artillerie de campagne sont restés dans le duché et ont été rattachés au Xe corps d’armée. C’est un régiment prussien qui tient garnison dans la capitale du duché de Brunswick.

L’Alsace-Lorraine est administrée par le ministère de la guerre prussien ; les recrues provenant de la « terre d’Empire » sont, en principe, incorporées dans les corps prussiens ; ce que très exceptionnellement que l’on trouve des Alsaciens-Lorrains dans les troupes des trois royaumes de Bavière, de Saxe et de Wurtemberg.

 

Organisation du ministère de la guerre

 

Le ministère de la guerre comprend trois départements composés chacun de plusieurs divisions ainsi que quatre divisions isolées dépendant directement du ministre ; nous en donnerons sommairement les attributions.

Division centrale.

Cabinet du ministre, personnel militaire et civil du ministère et personnel de l’intendance.

Département général de la guerre.

Ce département est chargé de tout ce qui concerne la formation et l’organisation de l’armée ; il comprend cinq divisions, savoir :

1. Division A de l’armée.

Cette division traite toutes les questions relatives à l’organisation, à la formation, au recrutement, à la mobilisation, aux services de marche et de transport de l’armée, à l’instruction militaire des troupes, etc.

2. Division B de l’armée.

Cette division s’occupe surtout des établissements militaires d’éducation et d’instruction, des affaires concernant l’aumônerie, la justice militaire, le service vétérinaire le train, etc., etc.

3. Division de l’artillerie.

Armes et munitions en général.

4. Division technique de l’artillerie.

Fabriques, arsenaux, fonderies, laboratoires.

5. Division du génie.

Division des affaires du personnel.

Cette division traite les questions concernant le recrutement, l’avancement, etc., etc., des officiers de toutes armes. Le chef de cette division, comme on l’a dit plus haut, est en même temps chef du cabinet militaire de l’empereur, et travaille directement avec lui.

A la division du personnel est rattachée la chancellerie intime de guerre, chargée de l’établissement de brevets, de la réunion des renseignements qui regardent les officiers de tous grade et de toutes armes, de la rédaction de l’annuaire.

L’annuaire dont il est ici question est spécial à l’armée prussienne. Il n’existe pas d’annuaire général de l’armée allemande, mais bien quatre annuaires particuliers à chacun des ministères de la guerre, savoir : L’annuaire prussien « Rang und Quartier-Liste der Königlich Preussischen Armee », commun à la Prusse et à tous les Etats dont le contingent est administré directement par le ministère prussien, à l’exception du Brunswick ; l’annuaire bavarois « Militär-Handbuch des Königreiches Bayern » ; l’annuaire saxon « Rangliste der Königlich Sächsische Armee » ; l’annuaire wurtembergeois « Rang und Quartier-Liste des 13ten. Königlich Würtembergischen Armee-Korps ». A ces quatre publications, il faut joindre, pour posséder un tableau complet du personnel de l’armée allemande, le petit annuaire spécial du contingent brunswickois. Les nombreuses publications qui traitent de l’armée allemande en général, tels que tableaux d’emplacements, listes générales d’ancienneté, etc., n’ont pas de caractère officiel et ne doivent être consultées qu’avec une certaine réserve, surtout dans les parties relatives aux contingents de l’Allemagne du Sud), etc., etc.

 

Département de l’administration militaire.

Ce département est partagé en quatre divisions.

1. Division du budget et des caisses.

2. Division des vivres et fourrages.

3. Division de l’habillement, de la solde, des indemnités de route et des convois.

4. Division du servis.

Casernement, mobilier, chauffage éclairage et indemnités de logement.

 

Département des affaires concernant les invalides.

Ce département s’occupe des pensions et secours ; il comprend deux divisions désignées par les lettres A et B.

Division de la remonte.

Division du service de santé.

Un conseil judiciaire « Justitiarien des Kriegsministeriums » et un bureau technique des bâtiments « Ministerial-Bau-Büreau » fonctionnent au ministère de la guerre.

Au ministère appartiennent aussi :

La direction du grand orphelinat militaire de Potsdam ;

La commission supérieure d’examen, chargée de faire subir les épreuves exigées des membres de l’intendance et des employés civils du ministère ;

La caisse générale militaire.

Les autorités et les établissements qui ressortissent directement au ministère de la guerre sont les suivants :

1° L’inspection du train,

2° L’inspection des fabriques d’armes,

3° L’inspection des écoles d’infanterie,

4° L’institut militaire d’équitation (Ecole de cavalerie),

5° L’inspection des établissements pénitentiaires militaires,

6° L’inspection du service vétérinaire,

7° L’institut médico-chirurgical Frédéric-Guillaume,

8° L’académie militaire de médecine et de chirurgie,

9° L’administration de l’arsenal de Berlin.

Il convient d’y ajouter :

10° Les arsenaux d’artillerie,

11° Le laboratoire d’artifice,

12° La fonderie de canons,

13° La fabrique de projectiles,

14° Les poudreries, qui dépendent directement de la division technique de l’artillerie.

Nous reparlerons plus loin, avec plus de détails, de ces autorités et de ces établissements, ainsi que des grandes inspections et des services qui ne relèvent pas directement du ministre, savoir :

a) L’inspection générale de l’artillerie,

b) L’inspection générale du génie et des forteresses,

c) L’inspection générale des établissements militaires d’éducation et d’instruction,

d) L’inspection des chasseurs et des Schützen,

e) L’auditorat général,

f) L’aumônerie,

g) Le personnel du service de santé.

Personnel du ministère de la guerre.

L’organisation du ministère de la guerre est toute militaire. Les trois départements ont à leur tête des généraux, et les quinze divisions indépendantes ou subordonnées aux départements, onze sont dirigées par des officiers du grade de général-lieutenant à celui de major ; trois seulement (budget et caisses, vivres, deuxième division des pensions) sont confiés à des fonctionnaires civils. La division du service de santé a pour chef le médecin-major général de l’armée.

Le personnel comprend :

1° Des officiers

2° Des fonctionnaires de l’intendance et des médecins ;

3° Des fonctionnaires et employés civils de différentes catégories.

Officiers du ministère de la guerre.

Ces officiers ont une situation à part et très nettement définie. Ils forment deux catégories : 1° les officiers du ministère de la guerre proprement dits ; 2° les officiers détachés pour faire le service.

Les officiers de la première catégorie sont titulaires des emplois qu’ils occupent, portent un uniforme spécial qui diffère très peu de celui de l’état-major (1. Les officiers du ministère de la guerre portent en métal jaune les galons de collet, les boutons, etc., que les officiers d’état-major portent en métal blanc), ne comptent à la suite d’aucun corps de troupe, mais restent sur la liste générale d’ancienneté de leur arme.

Les officiers détachés pour faire le service sont mis à la suite et conservent l’uniforme de leur corps ; leur position est tout à fait analogue à celle que nous appelons en activité hors cadres. Les uns et les autres sont choisis dans l’état-major ou dans les différentes armes. Leur séjour au ministère est généralement assez long ; mais la plupart d’entre eux rentrent, à un moment donné, dans l’état-major, les corps de troupe ou les inspections. Ils jouissent d’un supplément de solde et profitent d’un avancement spécial analogue à celui des officiers d’état-major. Aussi, le budget, tout en fixant le nombre des emplois réservés à ces officiers, spécifie-t-il que les grades peuvent être modifiés dans la limite des crédits.

Tous les officiers du ministère de la guerre qui ne sont pas chefs de division ou de département remplissent les fonctions de conseillers rapporteurs.

Outre le ministre qui est général d’infanterie, cinq généraux sont employés au ministère de la guerre (trois généraux-lieutenants et deux généraux-majors). Ils sont placés à la tête de chacun des trois départements ministériels, de la division des remontes et de la division du personnel. Le général-lieutenant qui dirige cette dernière division étant en même temps chef du cabinet militaire et travaillant directement avec le Roi, il lui est adjoint un lieutenant-colonel ayant le titre de chef de division.

Le personnel des officiers titulaires du ministère de la guerre est actuellement de vingt-cinq, tous officiers supérieurs. Trois colonels et cinq lieutenants-colonels sont chefs de division ; deux majors en remplissent les fonctions sans en avoir le titre. Un lieutenant-colonel est à la tête de la chancellerie intime de guerre. Les quatorze autres officiers supérieurs titulaires sont conseillers rapporteurs.

Les officiers détachés pour faire le service sont au nombre de quatorze (un major et treize capitaines). Le ministre n’a que deux aides de camp, un major et un capitaine, qui comptent tous deux dans une des deux divisions. Sur les cinq généraux employés, trois seulement ont chacun un aide de camp.

En sus des officiers dont nous venons de parler, le ministre dispose encore directement de quelques-uns pour des missions spéciales, tels que le lieutenant-colonel d’artillerie chargé de l’inspection du matériel d’artillerie, le major d’infanterie chargé de l’inspection des armes portatives.

Au total, 58 officiers sont à la disposition directe du ministre, savoir :

3 généraux-lieutenants, 2 généraux-majors, 3 colonels, 10 lieutenants-colonels, 20 majors (grade de commandant en France), 20 capitaines de première classe. On ne trouve plus au ministère prussien d’officiers ayant un rang inférieur à celui de capitaine de première classe. Des 53 officiers supérieurs ou capitaines, 23 sortent de l’infanterie, 12 de la cavalerie, 12 de l’artillerie, 6 du génie. Huit d’entre eux sont officiers d’état-major. Tous les officiers sont montés ; le ministre de la guerre a droit à huit rations de fourrages ; les généraux en perçoivent chacun trois, les officiers supérieurs deux et les capitaines une.

Mentionnons encore, comme appartenant au personnel militaire, un capitaine artificier et un sergent-major du personnel technique, ainsi que quatre aides de lazaret.

Fonctionnaires de l’intendance et médecins.

Deux fonctionnaires de l’intendance seulement sont détachés au ministère de la guerre ; l’un d’entre eux compte à la division chargée du casernement et des indemnités de logement « Servis-Wesen » et l’autre la deuxième division du département des invalides. Trois membres de l’administration des bâtiments militaires composent le bureau ministériel des constructions.

L’administration supérieure de la guerre compte huit médecins, savoir :

Le médecin-major général de l’armée, chef de la division militaire (rang de général de brigade).

Un médecin général de deuxième classe, trois médecins-majors, et trois médecins aides-majors.

Tous ces médecins sont employés à la division de médecine militaire, à l’exception d’un médecin-major attaché à la première division du département des invalides.

Fonctionnaires et employés civils.

Nous avons dit que la direction des différents services du ministère de la guerre était presque exclusivement réservée aux militaires. Il ne faudrait pas en conclure que le personnel civil qui y est employé soit privé de tout avancement. Ce personnel, quoique peu nombreux, compte vingt conseillers ministériels dont trois chefs de division et dix-sept conseillers rapporteurs, ces derniers répartis dans toutes les divisions à l’exception de celles qui s’occupent de la mobilisation générale de l’armée, de l’artillerie, du génie et du personnel d’officiers des différentes armes.

Beaucoup de ces conseillers ministériels sont d’anciens officiers ; les annuaires civils et militaires enregistrent soigneusement cette particularité.

Outres les vingt conseillers civils, le ministère de la guerre compte :

94 expéditionnaires (y compris un pharmacien supérieur), 16 calculateurs, 9 assistants (fonction analogue à celle de nos stagiaires), 56 archivistes, 2 dessinateurs, 40 secrétaires de chancellerie, 2 télégraphistes.

Le personnel inférieur comprend cinquante-cinq employés, portiers, garçons de bureau, etc., et trois ouvriers pour la presse métallographique.

Le ministère peut en outre se servir de quelques auxiliaires, mais en petit nombre, si l’on en juge par la faible somme que le budget permet d’y consacrer.

La caisse générale militaire compte à Berlin quarante-neuf fonctionnaires et employés civils de tout rang ; la succursale de Carlsruhe, spéciale au XIVe corps, en a cinq.

 

Ministère de la guerre bavarois

 

Le royaume de Bavière, lié à la Prusse par la convention militaire du 23 novembre 1870, continue à calquer ses institutions militaires sur celles de ce dernier pays. Le ministère de la guerre de Munich a été réorganisé en 1876 sur le modèle prussien et les ordonnances publiées dans le journal militaire officiel bavarois « Verordnungs-Blatt » ne sont plus guère que la reproduction des dispositions contenues dans le journal militaire officiel prussien « Armee-Verordnungs-Blatt ».

Le ministère comprend sept divisions :

1° La division centrale (cabinet et service intérieur) ;

2° La division du personnel ;

3° La division des affaires générales de l’armée ;

4° La division de l’administration militaire, subdivisée elle-même en quatre sections ;

5° La division des invalides (pensions et secours) ;

6° La division du service de santé militaire ;

7° La division de la justice militaire.

Il existe en outre, une direction spéciale, dite de révision des comptes. On sait que le budget militaire bavarois est voté en bloc par le Reichstag, mais que les détails en sont réglés par les Chambres bavaroises. L’apurement des comptes et la justification de l’emploi des crédits incombent donc au ministère bavarois.

En Bavière, comme en Prusse, fonctionne auprès du ministère de la guerre une commission supérieure d’examen pour les candidats aux emplois de l’administration supérieure militaire (intendance et ministère). Il existe, en outre, à titre provisoire, une commission chargée de la révision des règlements ; cette commission se compose d’un lieutenant-colonel à la suite de l’état-major général et d’un lieutenant d’infanterie.

Le ministre de la guerre actuel a le grade de général d’infanterie. L’organisation du ministère est toute militaire, comme en Prusse. Les divisions du personnel et des affaires générales de l’armée ont pour chefs des lieutenants-colonels en activité et n’emploient guère que des officiers ; la division centrale (cabinet) et la division des invalides (pensions) ont à leur tête des officiers supérieurs à la disposition ; la division de médecine militaire est dirigée par le médecin-major-général de l’arme ; les divisions de l’administration militaire de la justice ainsi que la direction de la révisions des comptes sont confiés à des fonctionnaires civils.

Le personnel du ministère de la guerre se compose de :

13 officiers en activité, dont 3 lieutenants-colonels, 4 majors, 5 capitaines et 1 lieutenant, 2 médecins militaires, 2 fonctionnaires de l’intendance, 1 vétérinaire supérieur, 2 auditeurs, 6 conseillers ministériels civils, 53 fonctionnaires et employés civils (expéditionnaires, archivistes, etc.).

19 employés subalternes, y compris les ouvriers de la presse métallographique et de l’officine lithographique.

Le budget prévoit en outre l’emploi de quelques auxiliaires. Remarquons, en passant, qu’en Bavière comme en Prusse, beaucoup de fonctionnaires civils du ministre sont d’anciens officiers.

La caisse générale militaire compte douze fonctionnaires et employés civils ; les succursales des corps d’armée « Corps-Zahlungsstellen » en ont huit en tout.

 

Ministère de la guerre saxon

 

La Saxe est liée à la Prusse par la convention du 7 février 1867 ; le budget détaillé de l’armé saxonne est voté par le Reichstag allemand, mais à part et distinctement du budget militaire prussien.

Il peut sembler à priori que le ministère saxon ayant à pourvoir à l’organisation et à l’administration d’un seul corps d’armée, le XIIe, fait double emploi avec l’état-major de ce corps d’une part, et avec l’intendance de ce même corps. Il n’en est rien ; le ministère sert d’instance supérieure pour toutes les affaires concernant le personnel des officiers, le recrutement, la justice, les pensions, le casernement, etc. Grâce à l’existence d’un ministère spécial, toutes les questions de personnes et de détail sont résolues dans le royaume même et par des hommes du pays ; cette situation contribue à conserver à la saxe, sinon l’indépendance, du moins une certaine autonomie. Nous ferons remarquer aussi que l’assimilation de l’administration saxonne avec l’administration prussienne n’est pas absolue. Le recrutement de l’intendance saxonne est tout spécial ; l’organisation des dépôts du train est très différente, etc.

Le ministre de la guerre actuel a le grade de général de cavalerie. Le ministère comprend cinq divisions, dont trois sont dirigées par des militaires et deux par des fonctionnaires civils. L’inspecteur des remontes (lieutenant-général) dépend directement du ministre.

Le personnel se compose (1. Huit de ces officiers remplissent les fonctions d’intendants. Un colonel a le titre d’intendant de l’armée, cinq capitaines sont intendants, un capitaine et un lieutenant sont adjoints à l’intendance « Intendantur-Assessoren » :

11 officiers (3 officiers supérieurs, 6 capitaines, 2 lieutenants, dont un aide de camp du ministre), 2 conseillers ministériels civils, 10 expéditionnaires, calculateurs et archivistes, 2 employés subalternes et des axillaires en nombre variable, mais très restreint. La caisse militaire saxonne compte 7 fonctionnaires et employés civils.

 

Ministère de la guerre wurtembergeois

 

Le Wurtemberg, en se liant avec la Prusse par la convention des 21 et 25 novembre 1870, a été sans doute conduit à conserver un ministère de la guerre spécial par des considérations analogues à celles qui ont décidé le maintien d’un ministre saxon. Il convient toutefois de remarquer que les différences entre l’organisation wurtembergeoise et l’organisation prussienne sont encore moins grandes que celles qui existent entre l’administration de Berlin et celle de Dresde. Ces différences ont trait surtout à l’organisation de la justice militaire. Le budget spécial de l’armée wurtembergeoise est voté par le Reichstag allemand, mais à part, comme le budget saxon. Le ministre de la guerre wurtembergeois actuel a le grade de lieutenant-général.

Le ministère comprend :

1° Un bureau central qui est aux ordres de l’aide de camp du ministre ;

2° Une division militaire dont le chef est un colonel en activité ;

3° Une division administrative dirigée par un conseiller ministériel civil ;

4° Une division de la justice militaire tenant lieu de tribunal militaire supérieur ;

5° Une division de médecine militaire administrée par le médecin en chef du corps d’armée.

Les affaires de recrutement du royaume ne ressortissent pas en troisième instance à l’un des bureaux du ministère, mais à un conseil spécial dit : Conseil supérieur de recrutement. Ce conseil se compose du gouverneur de Stuttgart, président, de deux officiers supérieurs du ministère de la guerre et de deux conseillers civils du ministère de l’intérieur.

Les affaires concernant les bâtiments militaires sont traitées dans un bureau spécial dirigé par un officier supérieur du génie.

Le personnel du ministère de la guerre comprend :

6 officiers (4 officiers supérieurs et 2 capitaines), 2 médecins, 1 fonctionnaire de l’intendance, 1 auditeur, 3 employés civils supérieurs, 10 expéditionnaires, archivistes, etc., 3 employés subalternes, plus de auxiliaires en quantité variable. Le budget prévoit que ces auxiliaires peuvent être prêtés, suivant les besoins du service à l’intendance ou à la caisse de guerre.

La caisse militaire wurtembergeoise possède un personnel spécial de six fonctionnaires et employés civils.

En résumé, les quatre ministères de la guerre existant en Allemagne, emploient :

94 officiers (y compris les huit officiers saxons qui remplissent les fonctions d’intendants) dont 10 généraux, ministres compris ; 47 officiers supérieurs ; 34 capitaines et 3 lieutenants ; 5 sous-officiers et aides de lazaret (en Prusse) ; 12 médecins militaires, 5 fonctionnaires de l’intendance, 3 fonctionnaires du service des bâtiments militaires, 3 auditeurs, 1 vétérinaire supérieur, 405 fonctionnaires civils et employés de tout ordre (y compris un pharmacien supérieur), soit en tout 52 personnes.

Le budget alloue 146 rations pour les chevaux des officiers des quatre ministères ; ce chiffre est un peu inférieur à celui auquel on arrive en calculant les droits des officiers employés. La différence provient sans doute, de ce que certains officiers (aides de camp, etc.) perçoivent des rations sur d’autres chapitres.

 

 

 

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