Genie - Pioniere

 
 

Dernière mise à jour : 31 mai 2019

 

1er août 1873 : organisation du service du génie en Allemagne

 

Une revue militaire française du 1er août 1873 nous a livré cet article qui nous décrit l’organisation du génie militaire en Allemagne : « Nous empruntons au journal du génie italien l’étude suivante sur l’organisation du service du génie en Allemagne, qui complète sur certains points les renseignements fournis par les documents officiels. Cette étude, dont nous donnons un extrait, a été faite par des officiers italiens envoyés en mission en Allemagne. Nous avons conservé les assertions du texte italien ; des notes rectifient ce qu’elles peuvent avoir d’inexact dans l’état actuel du corps du génie en Allemagne, dont l’organisation a subi quelques modifications, en vertu d’un décret du mois de mars dernier.

 

Déduction faite des deux corps bavarois, les troupes du génie comprennent 16 bataillons de pionniers à 4 compagnies, dont 1 de pontonniers et 2 de sapeurs.

 

Les officiers passent tous à l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie ; ceux qui ne font pas partie des bataillons de pionniers sont attachés au comité ou sont répartis dans les différentes places. En règle générale, ils passent tous les trois ans du service des troupes à celui de l’état-major du génie. Les officiers subalternes sont attachés successivement aux compagnies de sapeurs, de mineurs et de pontonniers de leur bataillon, afin de se mettre au courant des diverses branches du service.

 

Un général est placé à la tête du corps tout entier, avec le titre de chef de corps des ingénieurs et des pionniers, inspecteur général des places fortes. Le contrôle supérieur du service des fortifications et des troupes du génie, en ce qui concerne leur instruction technique, est confié aux inspecteurs du génie, dont l’action s’exerce sur une circonscription territoriale déterminée.

 

Le nombre des inspections du génie est de quatre. Les inspecteurs du génie qui ont le grade de général de division ou de brigade. Deux d’entre eux résident à Berlin, l’un à Mayence, l’autre à Cologne. Chaque inspection du génie se divise en trois sous – inspections : les deux premières dites inspections de places, et la troisième inspection des pionniers. A la tête de chaque sous – inspection se trouve un officier supérieur du grade de colonel, avec rang de commandant de régiment.

 

Une inspection de places fortes comprend six à sept places. Les première et troisième inspection de pionniers comportent trois bataillons de pionniers chacune ; la deuxième et quatrième, quatre bataillons de pionniers chacune. Du reste, la répartition est la suivante :

 

1ère inspection. – 1ère inspection de places :

Memel, Pillau, Königsberg, Boyen, Marienburg, et Dirschau, Graudenz (1er corps).

 

2ème inspection de places :

Thorn, Danzig, Colberg, Swinemünde, Stralsund, Stettin (1er et 2ème corps).

 

3ème inspection : - 3ème inspection de places :

Posen, Glocau, Neisse, Glatz, Cosel, (5ème et 6ème corps).

 

4ème inspection de place :

Cüstrin, Spandau, Magdebourg, Torgau, Erfuhrt, Wittenberg (3ème et 4ème corps).

 

2ème inspection de pionniers : Bataillons n° 3, 4, 5 et 6.

 

3ème inspection – 5ème inspection de places :

Mayence, Strasbourg (avec une inspection particulière jusqu’à la complète construction de la place), Neuf-Brisach, Rastatt, Ulm (11ème, 13ème, 14ème et partie du 15ème corps).

 

6ème inspection de places :

Metz, Thionville, Sarrelouis, Bitche (parties du 8ème et du 15ème corps).

 

3ème inspection de pionniers : bataillons n°11, 14 et 15 (le bataillon n°13 wurtembergeois, garde son autonomie).

 

4ème inspection – 7ème inspection de places :

Koblenz, Cologne, Düsseldorf, Wesel, Minden, (7ème et partie du 8ème corps).

 

8ème inspection de places :

Côtes de Mecklenburg, Sonderburg – Düppel, Friedrichsort, bouches de l’Elbe, du Weser et de l’Ems, Wilhelmshaven (9ème et 10ème corps).

 

4ème inspection de pionniers : bataillons n°7, 8, 9 et 10.

 

Les places du royaume de Saxe et le bataillon de pionniers n°12 ne sont compris dans aucune inspection.

Les inspecteurs de places fortes ou de pionniers résident dans la place forte la plus importante de leur inspection, ou au siège du commandement de l’un des corps d’armée auxquels appartiennent les bataillons placés sous leurs ordres. Les inspecteurs de places fortes ont des attributions de commandants territoriaux du génie ; les inspecteurs de pionniers exercent sur les bataillons placés sous leurs ordres l’autorité et les attributions des commandants de régiment.

 

Les affaires qui concernent les différentes branches du service du génie sont réglées au ministère de la guerre par une division spéciale « Abteilung für Ingenieure Angelegenheiten », dirigée par un colonel et divisée en plusieurs sections.

 

Le comité du génie, qui s’occupe spécialement de l’examen des projets dans les circonscriptions locales, ou de l’étude des questions techniques et scientifiques intéressant les différents services de l’armée en temps de paix ou en temps de guerre, est présidé par le chef de corps du génie. Ce comité est présidé (en 1873) par un officier général qui a rang d’inspecteur, et est composé ainsi qu’il suit :

Un premier lieutenant-général ou général-major, président, soit un général ;

Deux sections ayant à leur tête un colonel, soit deux colonels.

Chaque section se divise en deux sous – sections. La première de ces sous sections est sous les ordres du colonel chef de section, la seconde sous les ordres d’un officier supérieur, soit deux officiers supérieurs.

Chaque sous-section comprend, en outre, deux officiers (capitaines ou premiers lieutenants, auxquels il faut ajouter un premier lieutenant adjudant du président, soit au total six capitaines et trois premiers lieutenants.

L’inspecteur général et les inspecteurs du génie en sont membres.

Des officiers du génie de tous grades sont attachés au comité du génie ; souvent leur nombre n’est pas fixé d’avance et varie avec les besoins du service.

Les officiers du génie sont répartis entre le secrétariat de l’inspecteur général et les bureaux des inspecteurs du génie.

Les officiers supérieurs attachés au comité du génie ont droit de vote quand ils assistent aux séances.

Chacun des inspecteurs du génie est chef d’une section, et, outre l’expédition des affaires qui concerne sa propre circonscription territoriale, il est chargé d’étudier les questions de principes qui ont trait à une branche spéciale du service, ou qui ont un but technique déterminé.

Ainsi, la première section est spécialement chargée de l’étude des constructions normales, traverses casematées sur les terre-pleins, locaux à poudre à l’épreuve, etc.

La seconde s’occupe de l’emploi technique du fer et de toutes les constructions dans lesquelles le fer entre pour une part essentielle, ainsi les coupoles en fer pour la défense de terre comme des batteries de côtes, les batteries cuirassées, etc.

La troisième étudie les questions ayant trait au service des pionniers : télégraphes, chemin de fer, lumière électrique, etc.

La quatrième s’occupe des places fortes étrangères.

 

La marche des affaires est la suivante :

Le commandant du génie qui a rédigé un projet l’adresse à l’inspecteur de places.

L’inspecteur de places, après l’avoir examiné, le transmet à l’inspecteur du génie sous les ordres duquel il se trouve. Celui-ci, avec l’aide des officiers de sa section au comité, discute le projet et l’adresse enfin à l’inspecteur général.

Ce dernier convoque le comité s’il le juge nécessaire ; dans le cas contraire, il rejette le projet ou l’envoie, avec son approbation, au ministre, à qui seul il appartient de prendre une décision administrative.

Le ministre lui-même peut demander au comité son avis sur un sujet quelconque et provoquer sa convocation.

Le comité envoie aux commandants du génie les types réglementaires au moyen de bulletins « Mitteilungen » qui sont imprimés au comité même, et dont on adresse aux diverses circonscriptions le nombre strictement nécessaire, sans qu’aucun exemplaire ne puisse jamais être mis dans le commerce.

Contrairement à ce qui se passe dans l’armée française, par exemple, les officiers du génie s’occupent exclusivement de la construction et de l’entretien des ouvrages de fortification et des locaux pour l’artillerie.

Il n’existe de circonscription du génie que dans les places fortifiées ou dans celles où l’on projette l’exécution de nouvelles fortifications.

 

La construction et l’entretien de tous les bâtiments militaires, tels que casernes (en tant qu’elles ne sont pas à l’épreuve de la bombe), manèges, manutentions, sont confiés pour la partie technique, à l’administration civile, tandis que les fonds sont gérés par une administration spéciale, dite « Garnison Verwaltung » (administration de garnison), qui dépend de l’intendance militaire et est constituée par un personnel civil. Voir la page décrivant ce service : xxxxxx

 

Jusqu’à ces dernières années, la construction et l’entretien des édifices militaires existants dans l’intérieur d’une place étaient attribués aux circonscriptions du génie ; mais le ministre de la guerre a décidé, il y a peu de temps, que la compétence de l’administration de garnison s’étendrait aux places fortes, débarrassant ainsi les officiers du génie de tous les travaux qui n’ont pas trait exclusivement à la fortification. Cette mesure, déjà en vigueur dans certaines places, comme à Mayence, était en voie d’exécution à Cologne et Koblenz, en mai 1871.

Le principe qui exonère les officiers du génie de tous les travaux de bâtiments militaires est appliqué d’une façon si absolue dans l’armée prussienne, que dès l’instant qu’un local à l’épreuve ou une partie d’un ouvrage de fortification, telle qu’une caponnière, par exemple, viennent à être affectés au casernement des troupes, l’entretien de ces constructions incombe à l’administration de garnison.

De cette façon, les officiers du génie gardent intégralement leur caractère militaire et ne sont pas distraits par des occupations purement civiles, qui les empêchent de se livrer à l’étude de la fortification ou des différentes branches du service de guerre auxquelles ils peuvent être appelés du jour au lendemain.

Les travaux de fortification comprennent, d’après l’ordonnance générale de 1861, relative au service du génie, la construction, l’entretien des fortifications, y compris les magasins à poudre et les laboratoires à l’épreuve.

Les travaux qui concernent l’artillerie comprennent la construction et la réparation de tous les locaux nécessaires pour l’emmagasinement du matériel et pour le chargement des projectiles.

Les grands établissements de l’artillerie, tels que poudreries, fonderies, arsenaux, laboratoire de pyrotechnie, sont construits par des ingénieurs civils, avec des fonds alloués par une section spéciale du ministère de la guerre (quatrième section) ; de même les hôpitaux, les infirmeries, sont bâtis et entretenus par des architectes civils, au compte d’une administration particulière, placés sous les ordres du service sanitaire et qui dépend d’une division spéciale du ministère de la guerre.

Le personnel d’une circonscription se compose :

1° Du commandant du génie et des officiers qui lui sont adjoints ;

2° D’un personnel d’employés, savoir : un secrétaire de la circonscription ; un adjoint au bureau de la circonscription (dans les grandes places) ; un certain nombre de gardes pour la surveillance des travaux et la gérance du matériel.

 

Le commandement du génie « Platz-Ingenieur » a la direction des travaux ; il divise, comme il l’entend, la place en sections « Posten », entre lesquelles il répartit les officiers placés sous ses ordres. Il peut également, dans le cas de travaux importants, mettre plusieurs officiers sous les ordres d’un officier ancien, et expérimenté. Le personnel civil employé aux travaux est placé complètement sous les ordres des officiers du génie de la place. On recommande cependant d’une manière générale, à ces derniers, de ne pas donner directement des ordres à ceux qui ne sont pas dans leur service.

Quant aux gardes « Wallmeister », leur position et leurs instructions sont semblables des gardes du génie en France.

 

Travaux ordonnés.

 

C’est le commandement, du corps d’armée dans la circonscription duquel est située la place, qui dispose des fonds accordés annuellement pour les réparations des places fortes ; les détails techniques, au contraire, sont de la compétence exclusive du commandant du génie, qui exécute les travaux sous sa responsabilité.

Les propositions pour l’emploi des fonds annuels d’entretien des places fortes sont préparées chaque année, sous forme sommaire, par les commandants du génie, pour l’année suivante ; elles sont approuvées par le commandant de l’artillerie en ce qui concerne les locaux dépendant de ce service. Cet état sommaire est soumis à l’inspecteur de places fortes lors de sa tournée d’inspection d’automne.

Celui-ci confère à ce sujet avec le commandant du corps d’armée et s’assure de son approbation ; en cas de désaccord, il en réfère au ministre de la guerre, qui prononce en dernier ressort. Les propositions acceptées ou modifiés forment la base du projet de détails que le commandant du génie met à l’appui de sa demande de fonds. Ce projet détaillé est transmis au commandant de l’artillerie, qui, après avoir donné son adhésion pour les travaux qui concernent son service, ou y avoir consigné ses observations, les adresse à l’inspecteur d’artillerie (général commandant la brigade d’artillerie). L’inspecteur d’artillerie fait le renvoi du projet à l’inspecteur de places fortes, qui enfin l’adresse, par l’intermédiaire du commandant du corps d’armée, au ministère, où il doit parvenir au plus tard le 31 avril.

 

Les travaux extraordinaires de fortification peuvent être ordonnés directement par le ministre de la guerre, en dehors de toute initiative du service du génie, ou être proposés par les commandants du génie. Dans ce dernier cas, les propositions doivent être soumises à l’inspecteur de places lors de son inspection d’automne, à la suite de laquelle il rend compte au ministre des propositions qui lui ont été présentées, en faisant connaître la dépense approximative qu’occasionnerait le projet.

 

Le commandant du génie doit informer le commandant du corps d’armée de toutes les propositions faites et de tous les travaux extraordinaires qui lui sont prescrits. Ce dernier a non seulement le droit, mais aussi le devoir de se faire présenter par le commandant du génie les projets des nouveaux ouvrages avant qu’ils soient expédiés aux autorités supérieures du service du génie, afin d’être à même de soumettre ses observations au ministre de la guerre.

 

Pour tout ce qui a trait à l’organisation des remparts ou des magasins à poudre, etc., le commandement du génie doit prendre l’avis du commandant de l’artillerie. En cas de désaccord, la question est soumise au ministre de la guerre. A moins qu’il ne s’agisse de constructions très simples, on doit rédiger des projets complets pour tous les travaux extraordinaires. Ces projets sont envoyés à l’inspecteur de places fortes, suivent la voie hiérarchique comme on l’a vu plus haut à propos du comité. Quand ces projets ont été approuvés par les autorités techniques supérieures, le président du comité l’adresse au ministre de la guerre, qui prononce définitivement. Le projet une fois approuvé par le ministre, les officiers de la place préparent les croquis d’exécution des travaux.

Les travaux se font, autant que possible, sur adjudications. Les marchés sont généralement valables pour un an ; en tous cas, leur durée ne doit pas dépasser trois ans. Les adjudications sont prescrites pour tous les travaux dont la dépense excède 50 thalers (190 francs). Le marché passé par le commandant du génie est adressé à l’inspecteur de places, qui examine et le fait approuver par l’intendance en ce qui concerne les lois administratives, les prescriptions relatives au timbre, etc. L’adjudication se fait par prix d’unité ; mais ce n’est pas le seul moyen en usage. Les ouvrages peuvent être exécutés également à forfait ou à l’économie. Les ouvrages à la journée sont ordonnés par les officiers chef de section, avec l’autorisation de commandant du génie.

 

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