L’artillerie de la place forte de Strasbourg

 

L’artillerie de la place forte de Strasbourg

 

Die Artillerie der Festung Strassburg

 

Dernière mise à jour : 20 août 2019

 

 

Dans cette rubrique nous allons vous décrire uniquement les moyens de l’artillerie destinés à la défense de la place forte de Strasbourg.

 

Les autorités militaires allemandes dotent la place forte de Strasbourg d’une puissante artillerie dont le matériel évolue constamment au fil de la mise en service des nouveaux matériels pour s’adapter aux missions qui découlent de la configuration de la place forte qui change régulièrement. Toutefois voir en détail les moyens de l’artillerie de forteresse allemande, il faut en prendre en considération ce préambule concernant ce sujet.

 

Généralités concernant l’artillerie

 

De la particularité de l’artillerie d ‘une place forte allemande

 

Entre 1870 et 1918, les matériels de l’artillerie sont soumis à de nombreuses modifications qui prennent en compte les modernisations successives. Ainsi en 1871 – 1886 nous avions encore quelques veilles bouches à feu à tubes lisses, bien que l’essentiel des pièces étaient désormais à tubes rayés et chargement par la culasse.

 

Evolutions techniques des moyens de l’artillerie de forteresse

 

Petit à petit les progrès techniques permettent de construire de nouvelles générations de pièces. Les affûts en bois sont remplacés petit à petit par des affûts en fer puis en acier. La poudre noire dont les charges servaient à lancer où à remplir les projectiles, est peu à peu améliorée et la taille et la forme de ses est adaptée en fonction de son usage. A l’extrémité du tube, les culasses évoluent également en fonction des progrès techniques de la métallurgie. Chaque pièce d’un calibre donné, peut comporter au fil des années des tubes composées de métaux divers, du bronze, au bronze-acier du général Uchatius, à l’acier puis à l’acier au nickel – chrome. Entre 1885 et 1887, la modification des projectiles et les importants progrès réalisés au niveau des explosifs, avec la mise en service des nouveaux explosifs brisants comme le coton-poudre en Allemagne, puis les explosifs à base d’acide picrite dans toute l’Europe et la mélinite en France, vont entraîner la crise dite « crise de la brisance » en Allemagne ou crise dite « crise de l’obus torpille » en France, lorsque l’on s’aperçoit que les fortifications actuelles ne résistent plus aux nouveaux projectiles et explosifs. Puis vient également la mise ne service des poudres dites « sans fumée », dite « poudre chocolat », qui permet de diminuer considérablement le volume de fumée, ce qui est un avantage non négligeable pour les pièces disposées dans les casemates et sous les cuirassements. On constate en effet une éternelle compétition entre les systèmes de fortifications et les nouveaux moyens de l’artillerie. Avec les progrès techniques incessant de l’artillerie, de temps en temps, c’est l’artillerie qui reprend le dessus.

 

De la difficulté de décrire précisément les matériels de l’artillerie

 

Avec toutes ces évolutions, tous ces changements, il est difficile de dresser un tableau précis de l’équipement de nos forts détachés, des ouvrages, de celle des remparts de l’enceinte urbaine et des batteries d’intervalle. Il s’avère que les moyens de l’artillerie de forteresse coûtent très cher, et que les pièces les plus modernes sont souvent réservées au parc de siège. Le parc de siège est un ensemble de matériels de l’artillerie lourde qui est stocké en Allemagne, pour le front Ouest, dans le parc d’artillerie réparti entre les places de Mayence et de Strasbourg. Ce matériel doit permettre d’équiper en temps de guerre les unités d’artillerie à pied, pour faire le siège et attaquer les places fortes ennemies. Vous avez encore à Strasbourg de très grands bâtiments qui servaient à cet usage entre la gare et le front Ouest de la nouvelle enceinte urbaine.

 

Pour les ouvrages de fortification, on utilise dans un premier temps des pièces plus anciennes, et même dans un premier temps des pièces d’artillerie françaises récupérées pendant le conflit franco-allemand de 1870-71, qui sont remplacées au fur et à mesure de la mise en service des pièces d’artillerie de nouvelle génération. C’est une mesure économique qui permet aussi d’éviter de former à chaque fois tous les réservistes, qui connaissent forcément le service des pièces anciennes.

 

La conséquence de toutes ces paramètres qui influent sur l’équipement réel de la place forte de Strasbourg, est que pour un calibre donné, nous pouvons avoir une dizaine de type de tubes, trois ou quatre modèles de culasse et d’affût. Nous avons l’essentiel des paramètres concernant chaque type, mais nous sommes incapables d’affirmer avec certitude pour une grande partie des pièces, quel est précisément le matériel employé à Strasbourg.

 

Mais heureusement, au fil des années, avec la mise en service des explosifs brisants et des poudres sans fumées, de nombreux matériels deviennent inemployable. Par ailleurs, les anciennes pièces demandent jusqu’à dix servants, alors que les nouvelles pièces dotées de mise à feu plus moderne, permettent de réduire ce nombre à cinq ou six artilleurs. Et enfin, vers les années 1917-1918, après avoir dépouillé Strasbourg d’une partie de ses pièces d’artillerie pendant la première guerre mondiale, compte tenu de l’entrée en guerre des Etats-Unis et des nouvelles menaces sur le front d’Alsace-Lorraine, on assiste également à un réarmement des places fortes avec du matériel des prises de guerre, essentiellement des pièces d’artillerie russes, ou dès fois des pièces belges.

 

Pour aborder ce sujet fort complexe, dans un premier temps nous allons voir la dotation théorique des forts détachés. Nous évoquerons l’évolution des poudres et différents projectiles, puis nous allons nous plonger dans le détail en vous présentant les matériels en service au cours de cette période, dans l’ordre des calibres en usage dans l’artillerie à pied allemande. L’illustration de ce sujet fort technique est difficile en ce qui concerne les matériels les plus anciens. Souvent ne sont publiés les illustrations que les matériels sensiblement analogues à ceux qui sont en service, mais qui sont destinés à l’exportation.

 

Nombre de pièces pouvant être installées initialement sur les forts détachés

 

Les forts détachés allemands érigés entre 1872 et 1884 sur autour des grandes places fortes allemandes, tous construits sur la base du plan projet du Fort V (actuel fort Frère à Oberhausbergen), un plan qui est devenu un plan de référence pour la construction de ces ouvrages, sont désignés par les ingénieurs allemands en tant que fort d’artillerie. En effet, l’artillerie occupe les faces droites et gauche et les flancs du fort, alors que l’infanterie ne trouve sa place que sur le parapet de gorge, les caponnières et coffres de flanquement des fossés, le tambour et le chemin couvert. Actuellement on utilise le terme de « Fort Biehler » pour déterminer ce type d’ouvrages, du nom du général qui a dirigé l’inspection du génie qui a conçu les plans du Fort V et qui par la suite a ensuite dirigé le corps des ingénieurs et du génie de l’empire allemand. Les forts détachés ont été armés avec des pièces d’artillerie de défense éloignée destinée au combat de l’artillerie et des d’autres destinées à la défense rapprochée.

 

Mission de l’artillerie des forts détachés

 

Les forts détachés de Strasbourg étaient dotés deux catégories de pièces d’artillerie.

 

Chaque fort détaché est doté de pièces d’artillerie destinées au combat à distance, qui devait prendre sous leur feu les voies de communications, les rassemblements importants de troupes assiégeantes, les batteries de l’artillerie de siège adverse et couvrir les intervalles et les abords immédiats devant les forts détachés voisins. Ce sont ces moyens de l’artillerie qui devaient empêcher le plus longtemps que possible le bombardement des ouvrages de la ceinture des forts détachés et du noyau de la place forte.

Il s’agit donc de combattre par ces feux les troupes qui encerclent la place forte, en tirant avec priorité sur les batteries lourdes de sièges, qui doivent être installées pour procéder au bombardement des ouvrages de la place forte. Compte tenu du poids important des pièces de l’artillerie de siège adverse, ces pièces sont obligées d’emprunter pour leurs déplacements les routes et éventuellement les chemins empierrés. Puis, lorsque les opérations du siège sont plus avancées, il s’agit de prendre sous leur feux les tranchées d’approche pour retarder le plus possible l’assaut final et couvrir les intervalles et les abords immédiats des forts voisins qui sont attaqués.

 

Les forts détachés sont également équipés de pièces destinées à la défense rapprochées, pour couvrir essentiellement les fossés et les abords immédiats des ouvrages (pour les forts à fossés plein d’eau).

 

Dans un premier temps essayons de déterminer le nombre de pièces d’artillerie qui équipaient chaque type de fort à partir de l’armement des premiers forts de Strasbourg en 1873 – 1875.

 

Nombre de pièces d’artillerie prévues lors de l’élaboration du projet

 

Expertise du 25 mars 1872

 

Lorsque le Comité des ingénieurs décide de réduire le coût de construction des fort II à VI à Strasbourg, il publie une expertise datée à Berlin le 25 mars 1872. Dans cette expertise il donne différentes solutions pour réduire le coût de construction des forts. Il s’agit des dernières directives, émises juste avant le début de la construction, et donc un des documents importants pour les concepteurs des forts détachés de Strasbourg. Dans cette expertise on parle de grands forts, qui en réalité ont 4 traverses ou traverses-abri par face et 5 plateformes d’artillerie par face et les petits forts qui n’ont que 3 traverses ou traverses-abri par face et 4 plateformes d’artillerie par face.

A propos de l’artillerie, il nous livre les chiffres suivants :

Les grands forts seront dotés de 28 pièces d’artillerie pour les parapets (10 pièces par face et 4 pièces par flancs), c’est-à-dire 16 de 15 cm et 12 canons de 12 cm ; 8 pièces d’artillerie pour le flanquement avec des canons de 12 cm lisses et 6 mortiers lourds, ces derniers qui doivent être mis à disposition en deuxième dotation. On ne parle ici que des pièces destinées à l’action lointaine.

Pour l’effectif en artilleurs lors de la mise en état de défense d’un grand fort, ce document prévoit ; 9 hommes pour chaque pièce d’artillerie à longue portée, soit pour les 28 canons et 6 mortiers, 306 hommes au total. Pour les 8 pièces de 12 cm de flanquement, il prévoit 6 hommes par pièce, soit un total de 48 hommes. Pour les deux batteries annexes, un effectif de 100 hommes. Et enfin ont prévoit également 12 artificiers. En tout, on arrive à un total théorique de 466 artilleurs pour un grand fort.

A Strasbourg ce sont les 6 forts suivants que l’on peut classer dans la catégorie des grands forts : Fort Fransecky (fort Ney), Fort Kronprinz (fort Foch), Fort Grossherzog von Baden (fort Frère), Fort Prinz Bismarck (fort Kléber), Fort von der Tann (fort Lefèbvre), Fort Werder (fort Uhrich).

 

Les petits forts seront dotés de 22 pièces d’artillerie pour les parapets, c’est-à-dire 14 de 15 cm et 8 canons de 12 cm ; 8 pièces d’artillerie pour le flanquement avec des canons de 12 cm lisses et 4 mortiers lourds, qui doivent être mis à disposition en deuxième dotation.

Pour l’effectif en artilleurs lors de la mise en état de défense d’un grand fort, ce document un total théorique de 400 artilleurs pour un petit fort.

A Strasbourg ce sont les 6 forts suivants que l’on peut classer dans la catégorie des petits forts : Fort Moltke (fort Rapp), Fort Roon (fort Desaix), Fort Kronprinz von Sachsen (fort Joffre), Fort Bose, Fort Kirchbach, Fort Blumenthal.

Les deux ouvrages complémentaires, Fort Podbielski (fort Ducrot) et Fort Schwarzhoff (fort Hoche), qui ont été construits ultérieurement, ne sont pas évoqués au début du projet. Leur taille réduite ne permet d’installer qu’une petite dotation en pièces d’artillerie.

En conclusion, les autorités militaires allemandes avaient prévu 42 pièces d’artillerie pour l’action lointaine d’un grand fort et 34 pièces pour un petit fort.

 

Rapport de la Commission d’expérience de l’artillerie du 8 mai 1872

 

Un rapport d’une commission d’expériences de l’artillerie a publié ces lignes à propos de l’artillerie des forts détachés : « Les batteries qui doivent être construites dans les intervalles doivent assurer le réel combat d’artillerie ». Donc à côté des batteries annexes, il est également question de batteries d’intervalles « Zwischenbatterien ». Ces deux types ne devaient pas être construites en temps de paix mais seulement lors des travaux de guerre. Mais le ministre de la guerre semble ne pas avoir été tout à fait d’accord avec cela, puisqu’il avait demandé à une commission formée d’officiers d’artillerie et d’ingénieurs d’étudier la réalisation de batteries annexes et intermédiaires en fortification. Ils conclurent que les forts devaient servir de réservoir pour l’artillerie au profit de ces batteries, et leur fournir le nécessaire pour assurer le tir pendant 24 heures (50 à 60 coups par tube, 30 – 35 par mortier). A Strasbourg, on prévoit donc d’installer en temps de guerre des batteries annexes de part et d’autre des forts détachés à fossé sec et l’on installe dès la construction des forts à fossé sec une grande poudrière de gorge à l’entrée pour alimenter ces batteries.

 

Rapport du Comité des Ingénieurs du 18 avril 1873

 

La construction des forts détachés de Strasbourg est à peine commencée qu’un rapport du Comité des ingénieurs remets déjà en cause le fait d’exposer les pièces d’artillerie à ciel ouvert derrière les parapets des forts détachés : « Compte tenu de l’augmentation de l’efficacité des nouvelles pièces de siège, il ne sera plus possible dans les forts détachés d’une place forte, de mener un combat d’artillerie contre l’artillerie d’attaque ennemie à partir des positions menacées sur les remparts après la détermination du point d’attaque. En conséquence il est nécessaire, d’installer sur les côtés des forts et à l’arrière dans les intervalles, dont la mission sera de mener le combat d’artillerie. Dans ce but elles doivent, si elles ne peuvent pas être entièrement soustraite à un tir direct, quel que soit les circonstances ne pas offrir une plus grande cible pour l’adversaire, que ses propres batteries non couvertes. La plus grande protection peut être obtenue par les batteries intermédiaires en adoptant la méthode de tir indirect, pour permettre d’être installées à couvert dans le terrain. Dans le cadre de leur sécurisation de ces batteries d’intervalle contre des attaques par surprise violentes et assurer leur ravitaillement en munitions, et pour leur offrir des points d’appui naturels, elles restent dépendantes des forts et doivent rester à proximité de ces derniers. De telles positions de pièces d’artillerie peut déjà être préparée en partie en temps de paix en certains points, dont la valeur pour le déroulement théorique de l’attaque est sur et il faut les aménager en construction permanente ; là où leur emploi est moins sûr ou dépend de divers autres paramètres, il faut recommander de ne les construire quelques batteries en construction provisoire, qu’en cas de mise en état de défense. Mais on attendra toujours de connaître le point d’attaque pour construire aux endroits appropriés un certain nombre de batteries au tracé simple, en fonction des lieux, du délai, des personnels disponibles ou du déroulement du siège. Mais il faut déjà dès le temps de paix veiller pour installer un bon système de communication vers tous les points importants ». Ce rapport nous apprend donc que la première dotation d’artillerie des forts reste en batteries derrières les parapets des ouvrages jusqu’à ce que l’ennemi qui vient d’encercler la place, installe de nombreuses batteries face au point d’attaque qui a été choisi. A partir de ce moment-là on estime devoir retirer les pièces d’artillerie à action lointaine des forts détachés et les installer dans les batteries annexes et éventuellement dans les intervalles tout en assurant le ravitaillement en munitions à partir des forts.

 

Nombre d’emplacements de pièces d’artillerie d’après les plans des forts détachés

 

Vue du parapet d’artillerie du front gauche extrait du plan projet du Fort V datant du 25 mars 1872 : l’artillerie destinée à assurer la défense éloignée des forts était disposée sur les plateformes situées derrière les remparts des deux faces d’un fort. En règle générale, ces plateformes étaient placées entre deux traverses-abris et avaient une largeur de 11,30 m et une profondeur de 5,30 m d’après les plans projets du Fort V et Fort VII. Sur chaque plateforme, on pouvait mettre en place deux pièces à ciel ouvert. Toutefois la plateforme située à l’angle gauche, a une dimension légèrement plus restreinte (environ 8 m sur le front et 8 m sur le flanc) que les autres et elle permet à priori grâce à sa rampe d’accès de ne mettre qu’une pièce sur le front gauche. Les plans projets nous révèlent donc que l’on peut mettre 9 pièces en batterie réparties à 2 pièces par intervalle, sur chaque face d’un grand fort et 7 pièces sur les petits forts. Le fait que l’on ne peut mettre qu’une seule pièce à l’angle des faces gauche et droite est confirmé par des fiches de renseignement françaises : l’une évoque note la présence d’un poste d’observation à cet endroit et l’autre rédigée par un capitaine du génie indique bien qu’il n’y a que 9 canons par face sur les grands forts et 7 pour les petits forts.

Source : collection MJR – CESFS, document d’archive : Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz, Berlin.

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Vue détaillée du parapet d’artillerie du front gauche extrait du plan projet du Fort I, Fort Fransecky (actuel fort Ney) datant du 5 octobre 1874, un grand fort détaché à fossé plein d’eau. Comme pour les grands forts à fossé sec, il est équipé de 4 traverses-abri et de 5 plates-formes d’artillerie par face, et donc susceptible d’accueillir 9 pièces d’artillerie par face.

Source : collection MJR – CESFS, document d’archive : Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz, Berlin. Tous droits réservés.

L’artillerie de forteresse sur les flancs des forts détachés

 

Les plateformes d’artillerie des flancs ont des dimensions plus restreintes. D’après les plans projets des forts V et VII, elles ont une largeur de 3,50 m et une profondeur de 5,50 m, identique aux plateformes d’artilleries des faces.

Détail du flanc gauche du Fort V – Plan projet du 25 mars 1872

Les positions des flancs étant plus exposés, les grands et petits forts sont dotés de 4 emplacements pour un seul canon sur chaque flanc.

Source : collection MJR – CESFS, document d’archive : Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz, Berlin. Tous droits réservés.

 

 

 

L’artillerie des forts détachés de Strasbourg évoqué par la presse et les rapports d’espionnage français

 

Dès juillet 1873 l’Elsässer Journal nous apprend que l’armée allemande récupère les matériels d’artillerie et la poudre lorsqu’elle évacue les dernières places françaises. Ainsi il écrit à propos de Belfort : « On continue énergiquement l’évacuation de Belfort. Même hier, dimanche, pendant toute la journée, des détachements militaires étaient occupés au déchargement de nombreux canons, parmi lesquels il s’en est trouvé de fort gros calibre. Ces canons sont transportés à l’arsenal de Strasbourg ». « Mulhouse. Le matériel de guerre de la place de Belfort ne sera pas uniquement transporté à Strasbourg, il en sera aussi livré à Neuf-Brisach ; huit wagons de poudre ont été ces jours passés déchargés ici et leur contenu a été embarqué dans un bateau pour être transporté à Neuf-Brisach ».

 

Le 16 septembre 1873, les troupes du corps d'occupation qui était commandé par le maréchal von Manteuffel quitte le territoire français et en conséquence les autorités militaires allemandes décident d’armer les forts de Metz et de Strasbourg.

 

La Gazette de Lorraine du 30 septembre 1873 précise : « On arme avec une étonnante diligence les forts de Hausbergen, Reichstett et Mundolsheim, et les routes qui y conduisent sont depuis quelques jours sillonnées de pièces de canon, parmi lesquelles se remarquent des pièces françaises et des caissons de munitions. On ne peut s’empêcher d’être étonné de la rapidité avec laquelle les travaux des forts en général ont marché depuis six mois. Non seulement on les aperçoit parfaitement de la route, mais il est plus d’un qui serait déjà en état de servir ». Les forts qui sont vraisemblablement concernés par cet armement sont : Fort V à Reichstett, Fort III à Mundolsheim, Fort IV à Niederhausbergen.

 

La presse locale évoque la première manœuvre de forteresse exécutée le 1er octobre 1873 au Fort Moltke en présence du général von Fransecky, commandant le XVème corps d’armée. A cette date, on peut estimer que le gros œuvre de ce fort situé près du canal de la Marne-au-Rhin, était achevé ; mais d’autres travaux de finition vont encore se dérouler au cours des années suivantes.

 

L’Elsässer Journal publie à ce sujet le 25 octobre 1873 un article repris dans la Gazette de Karlsruhe : « Pour l’armement de plusieurs forts extérieurs maintenant terminés, de longues files de bouche à feu, de voitures de munition et d’autres objets nécessaires à l’établissement de fortifications, parcourent les rues de notre ville. Parmi les canons destinés particulièrement à l’armement des remparts, on rencontre surtout dans nos rues le canon en bronze de 12 centimètres et à culasse. En général une grande activité règne chez nous dans les constructions militaires ; les ateliers de l’arsenal ont été agrandis et le seront encore ; déjà maintenant près de 800 ouvriers y sont occupés ».

 

Le journal Metzer-Zeitung précise en novembre 1873 : « On a l’intention de faire de l’arsenal de Strasbourg l’une des plus grandes fabriques d’armes de l’Allemagne. Les bâtiments ont déjà été augmentés et présentent une longueur et une largeur de cinquante pieds et une hauteur de quatre-vingts. Jusqu’ici, tous les ateliers fonctionnaient au moyen d’une seule machine à vapeur ; d’après les plans nouveaux, on a l’intention d’établir quatre machines. Il y a deux semaines, on a disposé un marteau à vapeur qui jusqu’ici faisait défaut. Les canons arrivés de Belfort seront la plupart refondus ici et forés à nouveau. Il y a, plus de, 800 ouvriers toujours occupés à réparer le matériel de guerre hors d’usage ou à en fabriquer du nouveau. Chaque nuit, il sort des voitures chargées de matériel de guerre, destinées à l’armement des trois forts qui sont sur le point d’être terminés ». Voilà une précision intéressante : les déplacements des pièces d’artillerie et des matériels destinés à l’armement des forts s’effectue de nuit ! 

 

Une revue militaire française du 21 novembre 1873 a repris des articles de la presse allemande : « ... Probablement, jusqu’en 1875, les forteresses d’Alsace-Lorraine conserveront leur armement en matériel français (24 de siège, 12 de place, se chargeant par la bouche), jusqu’à ce que l’on ait construit un matériel prussien suffisant pour pouvoir se passer du matériel français. Mais les forts détachés autour de Strasbourg et de Metz recevront tout de suite, outre les pièces de flanc et les mortiers français, du matériel exclusivement prussien ».

 

La même revue du 1er mars 1874 nous livre ces informations empruntées à la Gazette de Silésie et aux journaux de Metz et d’Alsace : « Le terrain entre les forts sera rempli par des batteries d’annexion ou intermédiaires, chacune de huit pièces, probablement, dit la Gazette de Silésie, des canons de 12 cm et des mortiers de 21 cm ». Même si l’aménagement des batteries annexes et intermédiaires est prévu dès la construction des forts, aucun document ne confirme la réalité de l’aménagement de ces batteries avant les travaux de renforcements de 1887-1890. Bien sûr, l’artillerie de forteresse allemande a certainement dû procéder à de tels aménagements provisoires à titre d’exercice.

 

Le 8 avril 1874, le « Kaiserliches Artillerie-Depot » procède à l’adjudication pour la livraison de 175 étagères destinées au stockage des projectiles.

 

Une note du deuxième bureau français datée du 21 août 1874 et signée par un capitaine du génie nous décrit l’emplacement et la mission du Fort n°5, un grand fort de Strasbourg à la suite d’une reconnaissance effectuée en août 1874 : « Le fort n°5 est construit à l’extrémité sud du plateau d’où l’on domine la plaine de Wolfisheim, ses vues sur les coteaux en avant sont très étendues et les pentes du plateau sont bien battues ; ses faces sont armées de 18 pièces, les flancs de 10. De chaque côté de la gorge il existe des épaulements qui sont les amorces des tranchées par lesquelles on doit plus tard relier les forts entre eux. Il paraît qu’outre ces ouvrages on doit construire à Mundolsheim à l’extrémité Nord du plateau, et sur l’éperon par lequel se termine une batterie fermée destinées à battre les ravins de Pfettisheim et de Pfulgriesheim à l’époque où a été faite la reconnaissance, il n’y avait encore rien de commencé sur ce point ». Le fait qu’il n’y ai que 18 pièces sur les fronts nous confirment que les plateformes d’artillerie situés à l’extrémité n’ont été armées que d’une seule pièce. Il s’agit là d’un compte rendu fait par un spécialiste qui est beaucoup précis que les autres comptes rendus d’espionnage. Nous avons un compte-rendu identique pour ce que les militaires allemands appellent un petit fort, le Fort II, Fort Moltke à Reichstett : « Le fort n°2 se trouve à moitié distance environ entre le pont du canal de la Marne au Rhin et le village de Reichstett sur la droite de la route qui a été déviée. Il s’élève à l’extrémité d’un contrefort du coteau sur lequel est bâti le village et possède un commandement considérable sur la plaine de l’Ill. Son flanc gauche enfile la vallée de la Souffel et bat les approches du fort de Mundolsheim. Les vues des faces sont gênées par le village qui masque une partie du front et est distant de 500 à 600 mètres seulement du pied des glacis. L’armement se compose de 22 pièces, 14 sur les faces et 8 sur les flancs. Le sol se relève au-delà du village dans la forêt de Brumath à 3 500 m. Sur la gauche à 4 000 m se trouvent les hauteurs des Vendenheim et de Lampertheim ».

 

La presse militaire nous apprend également que les trois forts à fossé plein d’eau de la rive droite ont été munis d’un détachement de garde à compter du 1er avril 1875.

 

Armement de la face gauche du fort Frère ancien fort Grossherzog von Baden à Strasbourg.

En haut la plateforme d’artillerie telle qu’elle se présentait vers 1874 lors de la mise en place des premières pièces d’artillerie et en bas la restructuration de la plateforme faite vers 1879-1890 après la mise en place des 2 pièces du calibre de 15 cm long fretté sur affût de côte sur chaque face.

Source : Dessin d’André Brauch. Collection CESFS. Tous droits réservés.

 

 

 

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